Maudite prière

Maudite prière
Mon Dieu, j'suis dans la merde
J'ai besoin d'vous tout de suite
Pourriez vous me faire perdre
Le bébé qui m'habite
Ce serait un quatrième
J'ai déjà trois enfants
Si lui se rend à terme
J'm'en prédis pas autant
J'suis même pas libérée
D'mon état dépressif
Qu'on s'mêle de m'annoncer
Qu'le test est positif
Je porte un p'tit enfant
Je devrais me réjouir
Mais c'est un accident
Dans lequel j'pourrais mourir
Si j'fais ce que j'vais faire
C'est à dire le garder
L'aimer comme ses frères
A moins que vous m'aidiez
J'veux pas lui faire de mal
J'ose pas téléphoner
A ces cliniques spéciales
A ces messieurs gantés
Ils feraient du bon boulot
Je suis trop poule-mouillée
Mais fait par vous là-haut
Je saurais l'apprécier
Mais comment s'y prennent-elles
Pour être épanouies
Ces mères de douze qui
Remplissent les maternelles
Je sais pas où elles puisent
Leur foutue énergie
Pendant que je m'épuise
A surveiller les petits
Ai-je une saleté dans l'âme
Pourquoi vous ferais-je de l'oeil
Pour que vous portiez le blâme
Et que je porte le deuil
De cet enfant qui s'bat
Pour joindre la famille
Mais qui n'soupçonnait pas
Qu'le nid soit si fragile
Y'a pas de choix possible
Pour mon pauvre foetus
C'est déjà difficile
Ca ne peut que l'être plus
Fallait-il que je taise
Ma cruelle requête
Votre silence pèse
Au dessus de ma tête
Si vous n'répondez pas
Et que les mois s'égrènent
Et que je donne bas
Et qu'il s'en sort indemne
Quand j'l'aurai dans mes bras
Crevée, mais toute émue
Surprise de le voir là
Et d'avoir survécu
Même si j'étais capable
De devenir sa mère
Je serais toujours coupable
De cette maudite prière
J'pourrais pas le rendre heureux
Ni lui ni les trois autres
Pardonnez-moi mon Dieu
J'suis pas un bon apôtre
Si c'est un cadeau du ciel
Alors je vous le rends
C'est pas une bonne nouvelle
C'est pas le bon moment...

# Posted on Sunday, 01 April 2007 at 1:36 PM

Même pas un arbre

Même pas un arbre
C'était même pas un arbre
C'était même pas vivant
Mais c'était immuable
Ça défiait tous les vents

C'était juste un peu grand
C'était même pas très gros
C'était même pas méchant
C'était juste un poteau

Il était même pas droit
Il était juste long
Il était juste là
debout sur l'horizon

C'était même pas un arbre
C'était tout juste bon
A supporter deux câbles
Et servir trois maisons

C'était même pas un arbre
C'était même pas vivant
Je ne sais pas comment
C'était inévitable

C'était un solitaire
Il n'avait pas d'forêt
On ne voyait pas ses frères
Ni de loin ni de près

Il était comme perdu
Dans son grand paysage
N'était même pas foutu
De faire du bois d'chauffage

C'était même pas un arbre
Mais c'était bien présent
Planté dedans le sable
A l'orée d'un grand champ

Et puis quelle maladresse
Quel malheureux hasard
Quelle erreur dans le geste
Ou bien quel désespoir

A fait, qu'à toute vitesse
Avec tant de justesse
Et tant d'exactitude
Dans ton élan d'ivresse

Tu t'cognes à l'étroitesse
De tant de solitude
Et que tu te confondes
A cet exclu du monde

C'était même pas un arbre
C'était juste une embûche
Et je me sens coupable
De faire ainsi l'autruche

En refusant de croire
Que tu l'aies fait exprès
D'avoir cet avatar
Avec ce tronc si laid

C'était même pas vivant
Et ça manquait d'couleurs
Alors de temps en temps
Je dépose des fleurs

Au pied de cette tour
Que, dans un grand fracas
T'as choisie pour toujours
Comme amie et comme croix

Elle s'était, sur le coup
Évidemment cassée
Mais, pendant le mois d'août
Des hommes l'ont réparée

Pour soutenir deux câbles
Et servir trois maisons
C'était même pas un arbre
C'était juste un vieux tronc

Oui, mais depuis le drame
J'y ai gravé ton nom
Je le couvre de larmes
Et de génuflexions

Ça n'avait même pas d'feuilles
C'était déjà défunt
Avant que tu ne veuilles
Lui léguer ton parfum

Aujourd'hui, ce poteau
Qui pointe vers le ciel
Discrètement, me révèle
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# Posted on Sunday, 01 April 2007 at 1:33 PM

Mes chemins à l'envers

Mes chemins à l'envers
Après avoir volé
Et fait un tour du monde complet
Après avoir fouillé
Le coeur de tous les hommes secrets
Après avoir traîné mes semelles
Sur les montagnes les plus belles
C'est ici que je reviendrai

Je reviendrai au bord
D'un fleuve que j'adore
Je déposerais mes yeux
Sur son grand ventre bleu
Ici les arbres ont des humeurs
Y changent de tête de de couleur
C'est ici qu'le gazon sent mon enfance
Que les merles font les plus grands nids
Oui c'est ici que tout commence et que tout finit
Que tout finit

Après m'être grisée
De poésie les plus vibrantes
Après avoir goûté
Les épices les plus violentes
Et compris toutes les dentelles
Des langues les plus sensuelles
D'est ici que je reviendrais

Je reviendrai au bord
D'un fleuve que j'adore
Je déposerai mes yeux
Sur son grand ventre bleu
Ici les arbres ont des humeurs
Y changent de tête de de couleur
C'est ici qu'le gazon sent mon enfance
Que les merles font les plus grands nids
Oui c'est ici que tout commence
Et que tout finit

Après avoir crevé
Tous les mystères, toutes les frontières
Je referais mes chemins a l'envers

Je reviendrai au bord
D'un fleuve que j'adore
Je déposerai mes yeux
Sur son grand ventre bleu
Ici les arbres ont des humeurs
Y changent de tête de de couleur
C'est ici qu'le gazon sent mon enfance
Que les merles font les plus grands nids
Oui c'est ici que tout commence
Et que tout finit

Je reviendrai au bord
D'un fleuve que j'adore
Je déposerai mes yeux
Sur son grand ventre bleu
Ici les arbres ont des humeurs
Y changent de tête et de couleur
C'est ici qu'le gazon sent mon enfance
Que les merles font les plus grands nids
Oui c'est ici que tout commence
Et que tout finit
Que tout finit
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# Posted on Sunday, 01 April 2007 at 1:32 PM

Mon nom

Mon nom
Si vous me demandez mon nom
Je vais vous donner mon adresse
Puis si vous me demandez l'heure
Je vais vous raconter ma vie
Sans retenue et sans pudeur
Comme si vous étiez mon ami

Si vous me demandez mon nom
J'peux bien vous donner mon corps
Et si vous en voulez encore
Je recommencerai pour vous
Sans retenue et sans remords
Comme si vous étiez mon mari

Si vous me demandez mon nom
Je vais vous parler de mon père
Qui était toujours à la maison
À la même heure après l'travail
J'vous raconterai des feux qui ne sont pas de paille
Qui brûlent encore longtemps après les fiançailles
J'vous raconterai la vie que je voudrais connaître
Une main dans la vôtre, peut-être

Si vous me demandez mon nom
Je vais me confondre en franchise
Si vous me demandez mon âge
Alors j'vais me mettre à pleurer
M'élancer de tout mon visage
Dans un coin de votre chemise

Si vous demandez la main
Je vais vous accorder mon âme
Mes demains, mes surlendemains
Mes insécurités de femme
Tout cet amour tellement lourd
Que vous l'porterez comme un blâme

Si vous me dmandez mon nom
Faites gaffe à la suite des choses
Je vais m'offrir au grand complet
Et sûrement pas à petites doses

Je serai la plus vraie et la plus vulnérable
J'vous dirai mes secrets les plus inavouables
Ces pactes que j'ai faits avec toutes sortes de diables
Si vous me demandez mon nom
Je vais vous montrer mes blessures

Chaque trace de chaque déception
Chaque marque de chaque aventure
J'vous raconterai des feux qui ont été de paille
Accrochée à vos cheveux et à votre chandail
J'vous raconterai la mort que je voudrais connaître
Une main dans la vôtre peut-être
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# Posted on Sunday, 01 April 2007 at 1:30 PM

Monsieur Marchand

Monsieur Marchand
Je le sens s'approcher
Avec son instrument
Y m'ordonne pas gêné
"Allez-y ouvrez grand"

Et dire que c'est maman
Qui m'a dit d'v'nir ici
"Tu vas voir M'sieur Marchand
Il est très très gentil"

Je vibre sous le bruit
D'la perceuse électrique
Qu'il me passe au travers
D'une molaire pourrie

J'émets quelques p'tits cris
J'ai la luette qui panique
J'ai la langue de travers
Couverte de brins d'scie

V'la la bonne qui s'amène
Avec l'aspirateur
En matière de gueule pleine
Je suis couronnée reine

C'est une couronne d'ailleurs
Qu'elle m'a dit qu'ça m'prenait
La servante du sans c½ur
En m'aspirant l'palais

J'vois sur la table à droite
C'qui n' peut être à coup sûr
Qu' l'attirail de torture
D'un timbré psychopathe

Je n'sens plus mon visage
Il m'a trop injecté
D'son poison le sauvage
Il m'a défigurée

Soudain'ment y m'relache
Pour que j'aille à l'évier
Pour que j'rince et que j'crache
C'qui m' permet de vérifier

Le miroir juste au-dessus
Me confirme c'que je crains
Ma bouche ne répond plus
Je suis Lynda Chrétien

J'essaie de m'évader
Mais mon bourreau m'rattrape
"On n'a pas terminer"
Y m'renvoie sous la nappe

Ca pouvait pas êt'pire
Comme ambiance de terreur
J'avais froid dans l'échine
J'vivais l'top de l'horreur

Jusqu'à ce qu'en sourdine
Comme venant de nulle part
Y'a Herbert Léonard
Qui chante "Pour le plaisir"

Et que mon grand dément
Sorte un autre accessoire
Genre sableuse à ciment
Démancheuse de mâchoire

Le r'voilà au travail
Pis j'vous jure qu'y s'applique
Et y r'vole de l'émail
Dans sa face de sadique

J'ai été séquestrée
Condamnée a la chaise
Mutilée, massacrée
Torturée pas sa fraise

J'suis sortie comme une loque
Quand on m'a libérée
Encore en état d'choc
J'ai docilement payé

Dans la main pour le tartre
Une brosse a dent verte
Qu'la bonne femme m'a offerte
En souriant comme une tarte

Puis j'ai pris l'ascenseur
Ou j'ai bien essayé
De remettre d'la couleur
Sur ma baboune enflée

J'ai bien fais c'que j'pouvais
J'en ai mis plusieurs couches
J'en ai mis a peu près
Partout sauf sur la bouche

Et au lieu d'réussir
A paraître mignonne
J'avais l'air de ressortir
Du bureau de clinton

Peut être que Monica
Etait gelée des mâchoires
Puisque c'est par le bas
Qu'elle fumait des cigares !

Aujourd'hui quand je vois
Un dentier dans un verre
je demande a parler
A l'heureuse détentrice

Et puis toute édentée
Que soit l"humble grand mère
j'me surprends à envier
Ses gencives toutes lisses.

Et je lui dit tout bas
Ne craignez pas l'enfer
Il n'existe qu'ici bas
Et je l'ai vécu Jadis

Si jamais vos curés
vous décrivent Lucifer
Ils ne vous diront pas
Qu'il s'déguise en dentiste
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# Posted on Sunday, 01 April 2007 at 1:28 PM